La grande histoire de la mode des années 90

Avec les années quatre-vingt-dix se boucle un cycle de mode. S’agit-il d’une simple parenthèse dans la longue histoire du vêtement ? Après tout, la mode n’a pas toujours existé. Elle peut s’évaporer demain au profit d’autres passions, d’autres manières de s’exprimer, de se protéger, de se distinguer.

la mode

Déjà, de nombreux designers épris de technologies nouvelles proposent régulièrement des panoplies dans lesquelles le goût du jour fait place au seul fonctionnalisme. Sans aller jusque-là, sans imaginer, comme les contemporains des années cinquante, que ceux de l’an 2000 porteraient tous des combinaisons de cosmonautes… On ne peut que constater dans les rues du monde entier, des souks orientaux aux night-clubs japonais, des artères de Manhattan aux marchés de Provence, l’universalisation exponentielle des looks.

La diversité des vêtements

Il y a eu le costume de cour, celui du beau monde et celui du monde du travail, l’uniforme militaire ou religieux. Pour l’adolescent en Nike et T-shirt, l’adolescente portant un sac à main de chez Vuitton, le cadre en costume gris et chemise blanche, le retraité en jogging, les choses n’ont guère changé. Elles se sont déplacées, avec des règles du jeu profondément différentes et des acquis définitifs.

Le revirement des tendances

Pour avoir été follement à la mode au cours des années soixante-dix et quatre-vingt, il était prévisible que la mode le serait moins à la décennie suivante. Il est aujourd’hui bien vu de prendre ses distances vis-à-vis de sa dictature. “Be Yourself” proclament les publicités d’une marque qui n’en vend pas moins avec un succès planétaire les mêmes T-shirts aux mêmes catégories de gens. À la vieille crainte de n’être pas assez bien habillé succède depuis quelques années celle de l’être trop. À force d’éliminations successives, de simplifications, de repentirs, la mode des années quatre-vingt-dix s’est accordée sur un nouveau cri de guerre : “minimalisme”. Terme emprunté au vocabulaire de l’avant-garde artistique des années soixante-dix, le minimalisme a justifié la plus grande simplicité. Il n’excuse pas toujours une certaine pauvreté.

Le noir prend une grande place dans les défilés

De même le noir qui, de Chanel à Yamamoto en passant par Rykiel ou Alaia, a toujours constitué une singularité dans la mode… Le noir est devenu omniprésent dans les défilés et plus encore parmi le public que sur les podiums. Au début des années quatre-vingt-dix, Barneys, le grand magasin de la mode à New York, présentait pour son ouverture, sur cinq étages et dans un décor imité de Jean-Michel Frank, précisément l’ancêtre du minimalisme dans les arts décoratifs des années trente, des portants de vêtements de toutes les griffes célèbres, tous uniformément noirs, sur fond de murs beiges… Effet saisissant, très élégant, un peu monotone à la longue.

Uniformes vs ornementation

En dépit de l’effort de quelques couturiers qui défendent imperturbablement la jolie robe et son ornementation… Toute une conception de la femme parée a pratiquement disparu. Le triomphe de Lady Di sur les autres membres de la famille d’Angleterre est aussi celui-là. Les femmes aiment encore s’identifier aux princesses. Plus aucune n’a envie d’être une reine. Hormis le jour de son mariage, mais il s’agit là plus d’un costume de sacre que de mode.

Bien mieux vêtue qu’hier, la rue l’est moins

Si la qualité moyenne du vêtement de base est en progression constante depuis trente ans… Tout tend à son allégement, au profit d’un corps glorifié par la pratique du sport et du soin. Jamais comme depuis la Grèce antique l’image aura autant mise en valeur… Sculptée, montrée sur une anatomie de plus en plus aseptisée dans sa recherche de perfection. Le phénomène des top-models a certes relayé celui de la Pin-up années cinquante et comblé un certain manque de glamour chez les actrices. Mais c’est bel et bien comme des déesses plutôt que comme des modèles qu’on les a présentés. Aussi différentes soient-elles, les diverses marques de création qui s’affirment au cours des années quatre-vingt-dix s’adressent toutes à une élite de la consommation.

Grandeur et décadence de la mode

Préoccupée d’esthétique, cette clientèle appartient sensiblement à la même génération que le créateur dont elle porte la griffe. Rares sont les filles qui se fournissent dans les mêmes maisons que leurs mères. Quant à ces maisons, elles s’éteignent avec ceux qui les ont lancées. À moins qu’une marque de création sache devenir avec le temps une marque de luxe. Ce qui la met hors d’atteinte des revirements de la mode.

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